04-Un peu de poésie
Pourquoi avoir appelé le Périgord du Sarladais, Périgord Noir…?
Certains disent « parce qu’il est recouvert de forêts sombres », en réalité personne ne sait pourquoi cette appellation..! Le docteur Boissel (1872-1939), médecin à St Cyprien, remarquable poète en patois du périgord, exerçait autrefois son activité dans les communes du canton, allant à pied, ou avec sa voiture à cheval, de jour comme de nuit, visiter les malades. Il a exprimé dans un remarquable poème ce qu’il en pense.
Ce médecin dévoué est devenu aveugle à la fin de ses jours. Ses poèmes écrits en patois périgordin ont été édités dans le recueil : « Lou Ser ol Contou » -- Le soir devant la cheminée -- éditions Michelet -- Sarlat (24200). Nous vous recommandons vivement cet ouvrage. Vous serez séduits par la finesse de l’observation de la nature et des moeurs paysannes du siècle dernier.
Ayant appris, enfant, le patois sarladais auprès de mes grands-parents j’ai essayé de vous traduire ce poème. Je n’ai pas suivi de cours d’occitan dans les lycées ni en faculté aussi je vous demande de bien vouloir me pardonner si je commets quelques erreurs. Certains mots sont intraduisibles en français et n’ont pas la même saveur après traduction.
Périgord Nègre Périgord Noir
Lou qué porié noum té dounet, Celui qui pareil nom t’a donné
Sorlodais, possès ma lo net Sarladais, est passé seulement la nuit
et sans condello. et sans chandelle.
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Déguet pas beïré moun poïs Il n’a pas vu mon pays
Quand, dé l’albo, tus lus motis Quand, dès l’aube, tous les matins
L’or lou copello ; L’or le recouvre ;
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Ni quand lou souleï o follit, Ni quand le soleil est couché
Et qué lo net, sul picodit Et que la nuit sur la châtaigneraie
Ratso l’estello ! Eclaire l’étoile !
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Digua mé dé quallo coulour Dites moi de quelle couleur
Pel l’estiou, quand sonno metsour, En été, quand sonne midi
Sount loï gobellos ! Sont les javelles !
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Lus prats qué l’an bet de coupa, Les prés que l’on vient de couper
Oun lus petits ban galoupa Où les enfants vont poursuivre
Loï soûtorellos Les sauterelles
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Lo téoùlado dé lo méiou, La toiture de la maison
Oun, sus lou nioù, dit so consou Où dans son nid, dit sa chanson
Lo biroundello ! L’hirondelle !
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Et dé loï brugos lou montel, Et des bruyères, le manteau,
Oun naï, rébirant soun copel Où naît, retournant son chapeau,
Lo guiroùdello ! La girolle !
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Lus termés, lus obio pas bit Les coteaux, il ne les avait pas vus
Ol més des Maï, quand sount clofits Au mois de Mai, quand ils sont couverts
Dé flours noubellos ! De fleurs nouvelles !
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Per beïre négré lus pélous, Pour voir noires les bogues
Obio sus sus els cossidou, Il avait sur ses yeux mal lavés
Dé loï rontellos ! Des toiles d’araignées !
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L’a préso per un encrier, Tu l’as prise pour un encrier,
Lo Dourdougne, qué, pel rotsier La Dordogne qui, par le rapide
Passo to bello ! Passe si belle !
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Quand l’a oppellado coum’oquo, Quand tu l’as appelée comme ça
Li bésias pas meillous qué io Tu n’y voyais pas mieux que moi
Paoùro podélo ! Pauvre Poêle !
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Dé négré, yo lus goudorels, De noir, il y a les champignons,
Los truffos et tu brabés els Les truffes et tes beaux yeux
Madoumeysello ! Mademoiselle !
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Autre poème : Lou bounhur : le bonheur
Seï paoùré commo Tsopillou Je suis pauvre comme Tsopillou (1)
Mus souts n’an ni clobels, ni batto, Mes sabots n’ont ni clous, ni batte, (2)
N’aï per comiso qu’un peillou, Je n’ai pour chemise qu’un vieux chiffon,
Et parli pas dé lo crévato. Et je ne parle pas de la cravate.
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Mos culottos n’an pus dé tioul, Mes culottes n’ont plus de fond,
Loï garros, coï dé lo dontello Les jambes c’est de la dentelle
En d’un cros per cado tsinoul, Avec un trou à chaque genou,
Yo del rafia coummo bretello ! J’ai du raffia comme bretelles !
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Dé moun copel dégoùrélat De mon chapeau tout déformé
L’orlé mé tombo sus lou mourré, L’ourlet me tombe sur le visage,
Et moun tsilet espeillossat Et mon gilet en pièces
Léou forio beïré lus dous couyrés ! Bientôt fera voir les deux coudes !
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Resti dins un tros dé méioù Je demeure dans une sorte de maison
Dount la paoùro vieillo téoùlado, Dont la pauvre vieille toiture,
Prest’o quitta lus cobirous, Prête à quitter les chevrons
Es coummo yo, touto troùcado ! Est comme moi toute trouée !
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Dé cado cousta del fouyer De chaque côté du foyer
Dé mo pétito tsominéio, de ma petite cheminée,
Douos peyros servent dé londiers, Ou deux pierres servent de chenets,
Un soucal, mé sert dé codièro ! Une souche me sert de chaise !
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Mé couytsi coummo lou soulel Je me couche comme le soleil
Et quand, péoù bos l’albo s’escampo, Et quand dans les bois l’aube apparait,
Seï réveillat toléou coum’el, Je suis réveillé aussitot que lui,
Lo luno m’o servit dé lampo ! La lune m’a servi de lampe !
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Mais coummo n’aï ni meytodiers, Mais comme je n’ai ni métayer,
Ni fenno, ni dé bello-maïré, Ni femme, ni de belle-mère,
Ni médéci, ni d’héritiers…Ni médecin, ni d’héritiers…
Dé pus huroux, né sabi gaïré De plus heureux, je n’en connai guère.
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(1) Tsopillou est un diminutif de Jappeur.
(2) Batte, pièce de cuir qui ferme les sabots de bois sur le dessus.
Le recueil de poèmes du Docteur Boissel a été réédité et se trouve à nouveau en librairie.





